Presque sauvage

En dehors du cercle, tu changes de foi. Tu enlèves tes vêtements d’avant, tu es prêt à te vêtir autrement. En dehors du cercle, tu poses ta chope de bière sur le cercle, et tu la regardes, les yeux brillants. N’aie pas peur, tu ne vas pas tomber dedans. En dehors du cercle, ton regard se laisse balader par les bulles qui remontent. Ça te rend légère et joyeuse. Tu n’as plus peur de tomber quand tu t’aventures en dehors du cercle, car tu sais désormais qu’il y a un autre cercle autour, comme des poupées russes, tu sais que changer de foi t’aide à gravir la montagne, que tu parviens à trouver un second souffle.

Il y a la joie éternelle et l’amour inconditionnel. C’est une porte avec écrit dessus : « Salut les emmerdes. » À moi la belle aventure ! Les plages, le surf, les bonnes bières et les beaux mecs sans plafond carte bleue. C’est le pied de nez.

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Avant cette histoire de mains, tu avais commencé par les fleurs. Des roses rouges pour aller droit au but. Tu ne faisais pas de détour. Je me souviens de ce bouton jaune à ton col, et bien sûr, tu osais la chemise hawaïenne, tu balançais cet éclat de rire à la vie, en te foutant de tout, sauf de la manière, tu m’achetais des bouquets d’iris, tu approchais tes lèvres du rebord de mes accoutrements, ma garde-robe que tu tançais du regard. À notre époque, ça ne se portait pas tant que ça, ces choses-là. Nous usions les TGV, filant comme notre train de vie, et ça faisait du chahut, tu m’extirpais de mon quotidien, tu arrachais les boutons de mon débardeur, tu défrayais la chronique.

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Au nord de Paris, cette femme, assise dans un salon de thé aux murs blancs, lisait depuis des heures, les jambes croisées dans un jogging bleu marine, les chaussettes à nu. Son coeur battait avec une régularité que tout moine zen lui envierait. Elle était parvenue à cette stabilité de rythme suite à une épreuve qu’elle n’avait jamais racontée à personne. Et c’est d’ailleurs suite à celle-ci qu’elle ne raconta plus rien, qu’elle tira un trait sur l’amitié, ou même la copinerie, sans même en prendre conscience. Cela se fit. Elle avait trouvé le calme dans sa poitrine, elle s’accordait ces heures, elle y revenait, personne ne savait qui elle était. Sous sa douceur qui l’enveloppait d’une aura orange, sommeillait un dragon. Dans son sac, une théière et un instant où un homme entra en criant et où elle se retourna, les battements de son coeur en suspens. Le dragon se réveilla, lui-même avec une certaine agilité. Dans la cuisine, le pakistanais leva la tête, fit basculer la casserole qui tomba par terre. L’homme qui était entré muni de cris s’arrêta quand il la vit, elle décroiser ses jambes quand la casserole toucha le sol. Il ne voulait pas hurler. Il voulait ce calme qui se dégageait d’elle, un calme irradiant, presque sauvage.

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L’arrivée de cet heureux événement me conduisit à la gare la plus proche. L’armistice venait d’être signée et j’allais accoucher. À la gare, je restais sur le quai ne sachant pas quel train prendre. Je les voyais partir un à un, ou en groupes. Moi, personne ne m’attendait, c’est moi qui attendais quelqu’un et c’était un enfant. Je n’avais plus de chez moi, retourner chez mes parents me semblait impossible. Pas après ce que j’avais vécu sur le front, pas avec un bébé. Cet après-midi de novembre, je ne ressentais que la paix, certes inattendue mais profonde dans mon corps. Tout apparut essentiel et donc précieux. Je ne me sentais pas pressée même si je savais que la nuit allait bien finir par arriver. C’est quand je fermai les yeux, les mains posées sur les genoux, que j’entendis une voix. Elle me causa en anglais. J’eus envie de la suivre. J’eus envie de traverser la mer.

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Sauf que j’en avais marre de ces récidives, qui me lassaient. Tu finissais par t’affadir. Je pris tes chiffons, tes orchidées qui sentaient un snobisme qui ne te ressemblait pas et les balançai à la poubelle. J’achetai deux billets aller pour Amsterdam, refusant l’idée même d’une répétition. J’exigeai que ce soit vierge sur la page.

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– Nous sommes deux enfants ; nous avons fait une folie.
– Tu n’aurais pas dû prendre la pelle.
– C’est moi qui t’ai dit de le faire.
– Et je ne suis pas censée t’obéir, n’est-ce pas ?
– C’est que je culpabilise.
– Il ne faut pas culpabiliser mon chéri.
– C’est juste que j’ai peur qu’ils accusent Cédric.
– N’aie pas peur, ils vont accuser Cédric.
– Même sans cadavre ?
– Bien sûr. Sans cadavre. Ils sont capables de tout.
– Si nous avions laissé la pelle, peut-être qu’ils ne l’auraient pas inculpé.
-Nous sommes des enfants.
– Et lui, c’est un tox ce qui revient un peu au même.
– Je n’en reviens pas. Sans cadavre, comment savoir qu’elle est morte ?
– Nous n’avons pas le dossier de l’instruction ?
– Nous ne l’avons pas. Mais nous étions là, souviens-toi.