Coronavirus – chronique 2

Contacte la fille, formatrice en méditation. Elle est censée « nous » voir une fois par semaine. Cependant son emploi du temps changeant et ses voyages à travers la planète (en avion, bien sûr) ; les rencontres sont éclatées.  La dernière fois que nous nous sommes vues après des mois d’absence car elle méditait en Inde, elle parla des ondes de la peur qui bousillent notre corps, notre esprit et notre âme, entraînant des conséquences néfastes, et que la méditer nous faisait aller dans le sens inverse. S’agissant ainsi de nourrir le coeur, le centrage en soi, une paix intérieure, qu’ils disent. Tout au fond de soi, comme au fond du puits, le soi ouaté d’un silence rénovateur.

Par What’s App :

– Bonjour, ça va ? On se voit demain à dix-sept heures ?

– Préférable à distance si ça te va ? Je préfère que les transports en commun soient évités. Et comme je suis 100% du temps en télétravail.

Elle ne nous demande surtout pas comment nous allons. Pas de « bonjour » et voici notre nouveau monde : ceux qui prennent l’avion ne côtoient pas ceux qui prennent les transports en commun.

C’est la méditation du coeur.

Et quel coeur ?

Le coeur de ceux qui ne répondent pas : « Bonjour, comment vas-tu ? »

On sait que le système immunitaire se renforce par la non-peur et la proximité affective. Comme les enfants quand ils font les maladies infantiles pour se fabriquer des anticorps, se construire une immunité et tester leur environnement affectif : est-il sécurisant ? Est-il stable et fiable ?

Les corps ensemble sécrètent des substances chimiques, positives à la guérison. Et tout ce que nous ne quantifions pas.

Le lendemain, samedi en fin d’après-midi, la professeur de yoga envoie un message :

« Om shanti, bonjour aux yogis de la goutte d’or, la séance de demain est bien évidemment maintenue. Nous aurons deux heures pour nous écouter, nous relaxer, nous étirer, maîtriser notre souffle, être ensemble et renforcer notre système immunitaire. »

Les mots de la yogi de la goutte d’or me réchauffent tellement,

oui, tellement,

en écho à ce que je raisonne, de mon côté. A contre-courant d’une majorité hébétée et téléguidée. Le champ du dialogue s’étrangle. La certitude d’être du bon côté les rend cinglants, ne pouvant pas ouvrir leur esprit à une autre vision (qui existe bien scientifiquement ! Mot qu’ils emploient à tout va, ignorant que différentes thèses se combattent, également en science), comme si écouter une hypothèse alternative les mettait en danger de mort.

Plus les visages se couvrent de masques, plus les masques tombent. Comme tu nettoies une vieille table avec un chiffon, les rainures et le bois apparaissent.

Alors, oui, la chaleur de cette femme, je dirais même son feu, car elle l’a, pose mon âme. Ca fait toujours étrange d’être frondeur.

Lundi matin, j’enfourche mon vélo, pour aller au Cattp, centre d’accueil thérapeutique, à temps partiel, rattaché à un CMP, centre médico-psychologique. La décision de le fermer n’a pas encore été prise. Ce centre existe pour accueillir des personnes avec des pathologies mentales lourdes, là encore, comme dans les maladies infantiles, nous savons que la chaleur humaine est un facteur primordial dans la survie et la re-construction. Il existe pour pallier les hospitalisations, où la contamination empirera.

Couper ces personnes de ce lieu, pour la majorité leur seul lien social, causera leur fin. Ils vont choisir leurs morts. Et ces victimes collatérales ne seront jamais comptabilisées.