Coronavirus – Chronique 1

La semaine commence par le lundi neuf mars 2020,

et le lundi, c’est philosophie avec les enfants de la goutte d’or.

Le thème est imposé par la semaine du livre à la goutte d’or : le courage. Je choisis un texte d’Alexandre Jollien. Parce que sa philosophie prend corps de l’expérience issue de sa spéciale condition, faite d’une blessure profonde de l’ordre de la vitalité : c’est le mot incarné, la praxis essentielle. Au-delà du mot, et les enfants le comprennent.

Ahmed dit :

– Ta peur, faut l’affronter. Pour avoir raison de ta phobie.

– Tu as un exemple ?

– Oui ! Tu as peur des araignées, alors l’araignée, tu la regardes dans les yeux. Tu la regardes tellement dans les yeux que tu finis par l’aimer. Tu la checkes à la fin. »

Ahmed a huit ans. Il dessine le bonhomme et l’araignée qui se checkent.

Quatre jours plus tard.

Vendredi.

La veille, le président de la République déclare, il a fait le choix de ce qu’ils appellent « confinement », des ordres balancés sans aucune prémisse, aucune préparation, aucune idée des conséquences et des dommages collatéraux qui ne toucheront que les invisibles.

Ma première pensée va au « hussard sur le toit » de Jean Giono. En 1832, italien, fuyant son pays parce que révolutionnaire, il débarque en pleine épidémie de choléra. Il écrit à sa mère, se réfugie sur un toit, parle au chat. Tel un Christ, il touche les gens, rencontre Pauline, l’accompagne jusqu’à son mari.

Il ne tombe pas malade ; et pourquoi il ne chope pas la terrible maladie ? Je me souviens de mon père qui m’expliqua, médecin, pourquoi il ne meurt pas. Il attrape le choléra, fabrique des anticorps (mot intéressant), s’immunise et cela lui permet de sauver des vies.

Cela lui permet de sauver quelque chose d’encore plus essentiel : une part d’humanité.

Que nous verrons dans les heures qui suivent, la variable de ce mot. Les moralistes du coronavirus (le virus à la couronne) qui ne savent rien de la souveraineté d’un Angelo (le héros – romantique et romanesque du Hussard sur le toit), des muscles qu’on se forge dans la traversé de l’Hadès, de la force du mental comme les enfants du quartier (eh oui wech !) le dirent le lundi neuf.

L’attitude, la posture, l’élégance d’Angelo à cheval dans les hauts de la Provence.

Faire preuve d’éthique, quittant l’étouffoir d’un moralisme dégueulasse. Garder le souffle, tête haute, et avancer. Se faire humain plus que vivant.

Je nous souhaite de rencontrer des hussards, d’en être.